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Le 12/07/2010 à 10:09

Développement personnel

Le professeur de bonheur

 

Par Marie-Sandrine Sgherri

 

 

Ils sont une trentaine d'étudiants à s'entasser dans un petit amphi de l'ESCP-EAP un soir humide de décembre. En face d'eux, un petit homme mince, le cheveu très court, le regard un peu triste, et qui ressemble davantage à un Droopy mal nourri qu'à un gourou charismatique. Cet homme est pourtant une star : Tal Ben-Shahar enseigne à Harvard, où son cours est devenu le plus populaire du campus. Près de 1 400 étudiants y sont inscrits, soit, affirme-t-il, davantage qu'au cours d'économie générale 1re année. La spécialité de Tal Ben-Shahar : apprendre à être heureux. Rien de moins.

 

Aux Etats-Unis, un quart de ses étudiants affirment que ce professeur a changé leur vie. Il faut dire que le maître sait convaincre. Il y a d'abord la voix : posée, égale, apaisante. Mais surtout il y a le discours, simpliste, certes, mais efficace. Le professeur est drôle et la conférence tourne parfois au stand up . Le tout dans un anglais accessible, si bien que l'écouter « maximise » immédiatement l'estime de soi.

 

A la portée de tous. La leçon du professeur Tal Ben-Shahar tient en quelques mots : le bonheur est à la portée de tous. Il suffit d'y être attentif en notant par exemple, chaque soir, les cinq événements, si menus soient-ils, qui nous ont rendu heureux. Sûr de son effet, il sort son calepin, note le bonheur qu'il prend à cette conférence. Le professeur est son premier cobaye. Dans une autre vie, en Israël, il fut champion de squash. Puis il s'est rendu compte que sa réussite ne le rendait pas heureux. « Qu'est-ce qui est important pour vous ? nous demande Tal Ben-Shahar. Et surtout que faites-vous pour l'obtenir ? » Lui, par exemple, a rendez-vous deux fois par semaine avec sa femme...

 

Des lieux communs ? Oui, mais scientifiquement prouvés. « Tout le monde sait qu'il faut faire du sport pour se sentir bien », admet-il. Mais qui sait que, sur un échantillon de 156 dépressifs, un groupe traité à l'aide d'antidépresseurs a le même taux de guérison qu'un groupe dont le traitement consiste à faire une demi-heure d'exercice physique trois fois par semaine ? Mieux encore : qui sait que le groupe « antidépresseurs » a un taux de rechute de 36 %, tandis que les « sportifs » rechutent à 9 % seulement ! « La preuve scientifique augmente l'impact que peut avoir l'observation du sens commun, conclut le professeur . Depuis que je connais les résultats de cette étude, je fais du sport trois fois par semaine sans jamais manquer une séance. »

 

Un peu comme Blaise Pascal employait l'image du pari pour convaincre les libertins férus de jeu et de calcul de probabilités, le professeur de bonheur utilise des arguments que les cadres stressés de la société de la connaissance peuvent comprendre : il démontre, études et statistiques à l'appui, que le bonheur est bon pour la croissance. Comment être créatif et innovant lorsque l'on broie du noir ? Certes, on peut lui objecter que Charles Baudelaire ou Marcel Proust n'étaient pas de gais lurons. Mais Tal Ben-Shahar dégaine une autre étude prouvant que les génies maniaco-dépressifs ont créé dans leur phase « maniaque » et non « dépressive ». CQFD ! On savait que l'argent ne fait pas le bonheur, mais, grâce à la success story de Tal Ben-Shahar, on sait désormais que le bonheur permet de faire de l'argent. Cette idée a donc forcément de l'avenir

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